Questionner ses habitudes littéraires : faut-il vraiment apprécier la littérature classique ?



L'idée de cet article m'est venue en lisant le dernier post Instagram d'Emi (de la chaine YouTube galatee's tears). Je me suis immédiatement reconnue dans ses interrogations. Est-ce que je suis attirée par des "classiques" pour des raisons purement intellectuelles (et sociales) ou parce que j'y ai réellement goût ? Comme elle le signifie dans sa publication, il me semble important de s'interroger sur ses habitudes littéraires (et de façon plus générale, de questionner l'ensemble de nos habitudes, de nos jugements et de nos présuppositions). 

Je peine encore à me qualifier de "grande lectrice". Même si j'ai toujours lu, cela ne fait pas longtemps que la lecture tient une place prépondérante dans ma vie. Pourquoi est-ce que je lis, d'ailleurs ? À cette question, je vous renvois à une première vidéo d'Emy (de la chaîne YouTube Antastesia) à propos de l'utilité de la littérature. Plusieurs réponses. Pour ma part, la littérature m'a permis de me "libérer", de m'interroger sur ma propre personne, mes propres émotions, avec une sorte de fonction catharsis théâtrale. Aujourd'hui, j'y vois une utilité plus historique et politique : j'apprécie, comme je l'ai souvent dit ici, les livres qui me permettent de mieux comprendre un contexte historique, les livres engagés, les témoignages d'une époque. Il y a aussi la question de l'esthétique (subjective, évidemment) : le plaisir des belles phrases, le style, la beauté des mots qui suffit parfois à émouvoir.



Quant à la littérature dite classique, je dois avouer que je ne la connais que très peu. J'ai lu et/ou étudié quelques classiques pendant ma scolarité. Je pense à La ferme des animaux d'Orwell, à L'Œuvre de Zola, à La Peste et l'Étranger d'Albert Camus... Des livres que j'ai d'ailleurs apprécié dans mon souvenir (comme quoi, l'école ne dégoûte pas forcément de la littérature, autre débat...). Aujourd'hui, je regrette de ne pas avoir davantage de cours de littérature. J'ai l'impression que des clés me manquent pour comprendre certains classiques. J'ai envie d'acquérir des connaissances purement théoriques sur la littérature pour mieux situer les œuvres et auteurs dans leur contexte. Bref, depuis quelques temps, j'ai la sensation qu'il me faut lire des classiques pour me sentir légitime en tant que lectrice. Récemment, j'ai relu l'Étranger. Parce que je ne me sentais pas de discuter cette œuvre sans l'avoir relue, parce que j'avais l'impression d'être passée à côté au Lycée. Ce qui est le cas, effectivement j'ai bien mieux saisi les propos de Camus à la deuxième lecture et je reconnais tout à fait la puissance de ces derniers. Je me surprends par ailleurs à vouloir lire du Proust. Cet été, j'ai lu l'Éducation sentimentale de Flaubert, par attrait mais finalement je l'ai finis sans grand plaisir, presque par obligation (notamment parce que je n'aime pas ne pas terminer la lecture d'un livre). Il est inutile, avec du recul, de se mettre la pression pour lire des œuvres complexes.

Alors, évidemment, je m'interroge sur ces envies nouvelles. Est ce que la valeur et l'intérêt que nous accordons à certains ouvrages dépend de notre condition sociale, d'une certaine pression sociale ?  Il est évident que ces classiques reviennent souvent dans les discussions avec les personnes que je rencontre aujourd'hui, dans les cours aussi. J'ai envie de lire ces ouvrages par curiosité, mais aussi en voulant rattraper un certain retard. Il faut dire aussi que certains classiques sont sacralisés, comme s'ils devaient faire l'unanimité, comme s'ils étaient absolument incontournables, immanquables. Finalement, je ressens un peu la même chose avec le cinéma. Je ne dis pas que la valeur de ces ouvrages dits "classiques" est infondée, injustifiée. Évidemment qu'il y a des œuvres qui ont marqué leur temps, des œuvres qui sont d'une grande qualité et qui valent le détour. Simplement, est-ce que nous lirions tel livre si le nom de son auteur n'y figurait pas ? 

Dans sa dernière vidéo, Antastesia affirme qu'elle n'apprécie pas certains "grands classiques" et dans un sens, cela me rassure de voir que des jugements personnels peuvent encore prévaloir sur un jugement sociétal et atemporel.



D'abord, je pense qu'il ne faut pas parler de littérature classique comme d'une entité homogène. Il y a des classiques très différents les uns les autres, une multitude de styles, de sujets abordés. Et puis, notre vision de la littérature classique est très ethnocentrée. J'ai lu récemment un numéro du 1 sur les lettres néerlandaises qui m'a grandement donné envie de m'intéresser à la littérature des Pays-Bas. J'ai aussi envie de découvrir la littérature russe, la littérature arabophone, entre autres. 

Il y a aussi cette question fondamentale : qu'est-ce qu'on considère comme étant de la "littérature" ? Pourquoi nous nous détournons de certains genres littéraires ?  Pourquoi la littérature jeunesse peine à être qualifiée ainsi ? Qui peut affirmer qu'une œuvre littéraire est plus légitime qu'une autre ?

Je n'ai fait figurer que des vidéos d'Antastesia ici, je suis désolée si vous ne l'appréciez pas. J'ai essayé de trouver d'autres points de vue sur la question. En tapant la question "faut il aimer la littérature classique" dans la barre de recherche de YouTube, je suis tombée sur une vidéo dont le titre est "les 12 auteurs qu'il faut avoir lu dans sa vie". Voilà qui résume l'objet de mon interrogation, "il faut"... 

4 commentaires :

  1. Je comprends tes questionnements, j'ai les mêmes. C'est comme avec les films réputés "grands" : qui l'a dit ? Et pourquoi "faudrait-il" les voir ?
    Concernant la littérature classique, j'en lis pas mal, mais plutôt pour la culture. Certains sont intéressants, d'autres vraiment barbants, et j'en ai aimé quelques-uns. Je lis des classiques pour l'école, mais beaucoup de moi-même (mais je préfère globalement lire des "non-classiques" XD). Là je suis en plein dans La Princesse de Clèves, c'est très... dense, enfin lourd, avec les tournures du début du 17ème siècle. Mais c'est intéressant du point de vue historique. (Et je dois le lire pour l'école...^^).
    Parmi ceux que j'ai vraiment apprécié, il y a, entre autres, Au Bonheur des Dames de Zola, Candide de Voltaire, Le Dernier Jour d'un Condamné de Hugo, des livres de Vian, La Ferme des Animaux, Un Secret, L'Attrape-Coeur qui est génial, le Petit Prince, Agnès Grey d'Anne Brontë... Et j'ai découvert Amélie Nothomb avec l'école... et adoré ! (Mais c'est récent).

    Par contre, je ne comprends pas le fait de dire qu'il faut lire tel ou tel bouquin, sans donner de raison : "parce que". Je trouve ça un peu bête. Je n'ai pas lu l'Education Sentimentale mais j'ai commencé... et arrêté Madame Bovary, du même auteur. Trop long.

    Enfin voilà :)
    Passe un bon dimanche après-midi !

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    1. Merci beaucoup pour ce long commentaire et pour ton avis sur la question, je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à avoir ces interrogations. Je n'ai pas lu certains des classiques que tu as beaucoup apprécié, je vais aller me renseigner dessus! En tout cas, je pense qu'il faut cesser d'accorder de la valeur à un ouvrage uniquement sous prétexte que c'est un classique, "parce que" comme tu dis, et cesser de se mettre la pression et de culpabiliser quand on ne parvient pas à lire du Flaubert ou que sais-je.

      Bonne soirée à toi :)

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  2. Les classiques c'est un peu toute ma vie, ils me permettent de ressentir plus que je ressens dans la vie quotidienne, de réflechir sur le monde dans lequel j'habite, de critiquer et de m'appartenir. Du coup les classiques prennent énormément de place dans ma vie bien que ça soit très difficile de qualifier une oeuvre et de trouver ce qui fait qu'elle deviendra un classique. Je suis en train d'écrire un dossier sur ce que sont les classiques et il y a plusieurs définitions possibles. En réalité, nous savons que nous ne savons rien, que chaque problèmatiques soulèvent des questionnements sans réponses.

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    1. Je serais ravie de lire ce dossier si tu le publies, effectivement la question de la qualification d'une œuvre en tant que classique est primordiale et complexe ! Merci pour ton commentaire, bonne soirée à toi :)

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