Conf #2 La culture en discussion avec Jack Lang

Mercredi 26 Septembre, j'ai eu le plaisir d'assister à une conférence en présence de Jack Lang à l'Université Paris Dauphine. Organisée conjointement par Dauphine Débat et Terra Nova Dauphine, l'objectif cette conférence était d'ammener celui-ci à discuter de l'accès à la culture et de différents enjeux.

Je ne pouvais manquer la venue de Jack Lang. Ministre de la Culture, sous Mitterrand puis sous Chirac, et également pendant un temps Ministre de l'Education Nationale, il a occupé des hautes fonctions et a largement œuvré pour le développement de la culture en France. Durant ses deux mandats, plusieurs actions furent menées. De nouvelles manifestations culturelles ont été mises en place, comme la Fête de la musique en 1982, puis les Journées du patrimoine, la Fête du cinéma et la Fureur de lire (fête de la lecture). Des écoles aujourd'hui prestigieuses furent rénovées ou créées, telle que l'Ecole Supérieure de la Photographie d'Arles. Concernant la lecture, c'est également à Jack Lang que l'on doit la loi éponyme relative au prix unique. 

En outre, nous pouvons dire que l'empreinte de Jack Lang dans le domaine de la culture au sens large tel que nous le connaissons aujourd'hui est considérable. 

Le débat fut court, trop court, n'ayant duré qu'un peu plus d'une heure. Nous ne pouvons pas vraiment dire que ce type de conférence soit réellement un débat. En réalité, les deux étudiants présents n'ont fait que poser des questions sur différents sujets à leur invité, sans rebondir sur ses réponses. Evidemment, l'initiative est là et l'important finalement est d'avoir entendu Jack Lang argumenter sur des sujets d'actualité. 

Il a notamment été question, sans surprise, de l'enseignement de l'arabe à l'école primaire. C'est un sujet qui me semble particulièrement révélateur d'une crainte (malheureuse et non justifiée selon moi) de "l'arabisation de la France" (pour reprendre les termes de ceux qui s'opposent fermement à l'enseignement de la langue arabe). En tant qu'ancien Ministre de l'Education Nationale et Président actuel  de l'Institut du Monde Arabe, l'argumentation de Jack Lang sur la question m'a semblé tout à fait fondée et légitime. Il a d'ailleurs signé le 19 septembre une tribune à ce propos dans le Monde. Plusieurs faits sont rappelés. L'enseignement de l'arabe est une "lointaine, persistante et brillante tradition française", notamment depuis l'introduction de l'arabe au Collège de France par François Ier en 1530. L'arabe est la cinquième langue la plus pratiquée dans le monde, derrière le chinois, l'espagnol, l'anglais et le hindi. Par ailleurs, il défend l'idée que si l'arabe n'est pas enseigné dans l'enseignement public, il le sera d'autant plus au sein des moquées : l'arabe n'est pourtant pas uniquement la langue de la religion musulman, et son apprentissage pourrait, dans certains lieux religieux, permettre à des islamistes d'accroître leur emprise. Il est donc déplorable et assez alarmant que son enseignement ne soit que très peu répandu dans les écoles publiques. Et évidemment, personne ne fait vraiment débat sur l'enseignement de l'anglais, de l'espagnol, de l'italien ou encore du chinois... Sans parler de ceux qui prétendent que Jean-Michel Blanquer souhaite "imposer" l'enseignement de l'arabe dès la classe préparatoire, ce qui est totalement faux. Ce sujet, parmi d'autres, montre bien que certaines personnes n'hésitent pas à diffuser un discours xénophobe fondé sur ce qu'on appelle aujourd'hui communément des "fakes news". Personnellement, cela m'inquiète qu'autant de personnes soient réceptives, sans se poser de questions, à ce genre de discours. 

Je m'égare, mais ce sujet est celui qui m'a le plus interpellé durant la conférence. 

Nous pouvons finalement nous interroger sur l'action du Ministère de la Culture aujourd'hui, alors que Françoise Nyssen est au cœur d'une enquête concernant Actes Sud et plus globalement, sur l'accès à la culture dans notre société. Concernant le rôle du Ministère, une des étudiantes présentes dans l'amphithéâtre (énorme) de Dauphine a fait référence à un article publié dans Télérama au mois d'août (disponible seulement en édition abonnés). Pour ce qui est de l'accès à la culture... Il est indéniable qu'il reste inégalitaire, socialement et géographiquement. Je le réalise d'autant plus depuis que je suis à Paris. Néanmoins, il me semble important de dire que la culture ne se résume pas aux théâtres (lieux de prédilection de Monsieur Lang) et aux musées, souvent pris pour exemple quand il s'agit de démontrer les inégalités.  L'idée qu'il y a une forme de culture plus légitime que d'autres est à remettre en question. Je pense par ailleurs que beaucoup de choses sont mis en place dans notre pays, notamment les bibliothèques, la gratuité de nombreux musées pour les jeunes, sans parler de tout ce à quoi nous avons accès sur Internet. Concernant la fréquentation des bibliothèques : 40% de la population française a fréquenté une bibliothèque dans les 12 derniers mois selon une étude du Ministère en 2016. Seulement, sur l'ensemble des usagers, 39% sont inscrits et empruntent donc des livres. Cela signifie que beaucoup de personnes se rendent dans des bibliothèques pour autre chose, pour travailler par exemple, et surtout, que 60% de la population n'y met pas les pieds. Donc, malgré les dispositifs et les possibilités de se cultiver, par la lecture ou autrement, comment expliquer que des personnes ne s'y attardent pas ? Il paraît évident que la situation socio-économique joue un rôle. 

J'aimerais beaucoup, à ce sujet, lire Les Héritiers de Pierre Bourdieu (mais je n'ai pas encore pris le temps). D'ailleurs, j'aimerais aussi lire certains ouvrages de Jack Lang, notamment François Mitterrand, fragments de vie partagée (oui, je commence à lire des ouvrages à propos de politique). 

Long article en retour de cette conférence, qui bien que courte, fut très intéressante et enrichie de nombreux questionnements. 

Je ne sais pas vraiment si cette catégorie d'article peut "plaire", mais de mon côté, je suis contente de partager ce à quoi j'ai pu assisté (tout comme je l'étais en évoquant le colloque sur la médiation des sciences sociales). Si tu es sur Paris et que tu as des conférences à me conseiller dans les prochains mois, comme d'habitude, n'hésite pas. 

2 commentaires :

  1. Merci beaucoup pour le partage ! J'ai aussi assisté à pas mal de débats à Dauphine. Etant donné qu'ils sont menés par des étudiants, on ne peut effectivement pas leur reprocher de pas mener un réel "débat", mais ils reçoivent beaucoup de personnalités politiques qui ne sont toujours facilement accessibles donc c'est toujours intéressant ! :)

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    1. Mais derien ! C'était la première fois que j'assistais à un débat à Dauphine, mais oui effectivement pour avoir assisté à des débats notamment à Sciences Po Bordeaux, c'est souvent ainsi que se déroule les conférences quand ce sont des étudiants qui posent les questions. Mais comme je l'ai dit, l'initiative est là et c'est tout à leur honneur d'oser poser des questions à des personnalités politiques aussi impressionnantes (je les admire ahah même depuis le public, je n'osais pas intervenir à la fin de la conférence!). Le plus important finalement et de permettre la rencontre avec d'autres étudiants. En tout cas je suis désormais les deux associations organisatrices sur Fb, je serai ravie d'assister à d'autres conf ;) Merci pour ton commentaire, ça me fait toujours plaisir d'avoir ton retour!

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