Fait-on du bénévolat par altruisme ?


Étant de plus en plus engagée dans le milieu associatif, je me pose souvent des questions sur les réelles motivations de cet engagement.

Il est évident qu'être bénévole, c'est être animé(e) d'une envie d'aider l'autre, d'apporter sa pierre à l'édifice pour lutter contre ce monde de brut à notre échelle, comme on peut. Il me semble évident qu'il faut être touché(e) par la cause pour laquelle nous "sacrifions" une partie de notre temps et de notre énergie.

On dit souvent cette expression, "sacrifier du temps". Comme si lorsque nous dévouons du temps utile à autrui, c'était du temps perdu pour soi.

Mais après tout, est-ce qu'on ne fait pas avant tout du bénévolat pour soi ?

Quand je prends du recul sur ma propre expérience, je me rends compte que je ramène souvent à ma propre personne plus qu'à autrui  les raisons pour lesquelles je suis bénévole.

J'ai commencé à m'engager dans des associations en première année d'études supérieures, l'année dernière donc. L'idée avait émergée pendant les vacances scolaires de Toussaint. Première pause après plus d'un mois dans un monde complètement nouveau. J'étais perdue, submergée par le doute concernant mon orientation scolaire, en quête de quelque chose  de plus épanouissant, de plus valorisable que le commerce.

C'est alors que je me suis inscrite pour être tutrice auprès d'une collégienne en difficulté grâce à l'association Zup de Co. 2 heures par semaine, je venais aider cette collégienne dans ses devoirs, j'essayais de l'accompagner comme je pouvais. Je suis mitigée sur cette expérience. D'un côté, j'ai été très reconnaissante d'avoir pu jouer un rôle dans un collège dit "difficile", parce que l'éducation est un domaine qui me tient particulièrement à cœur, que j'aime me confronter aux plus jeunes, parce que les enfants et jeunes adolescents reflètent complètement les évolutions de la société, parce que c'est à cet âge là que beaucoup de choses se jouent. D'un autre, j'ai l'impression de ne pas avoir été vraiment utile, par manque de régularité, par manque de motivations respectives, par manque d'impact sur les résultats scolaires de mon élève.

Cette année, je suis rentrée dans une Antenne Jeunes d'Amnesty International. J'y ai vu la possibilité d'apprendre des choses sur ce qui se passe dans le monde, de m'enrichir à propos de cette cause universelle que sont les droits humains. Une recherche de satisfaction de centres d'intérêt en émergence. Une volonté aussi de rencontrer des personnes hors de mon cadre habituel. Faute d'être fière de mes études, j'avais envie d'être fière de mon engagement, socialement valorisable. Et puis un intérêt aussi, on ne pas se mentir, plutôt tourné sur mes ambitions. Est-ce que c'est le fait de m'impliquer dans des associations qui me donne envie de travailler dans ce domaine, ou est-ce que c'est par volonté de travailler dans ce domaine que je me dévoue à des associations aujourd'hui ?

Dans tous les cas, je réalise que ce n'est pas uniquement pour aider les autres que je suis bénévole. Le bénévolat, c'est aussi un moyen de se réaliser, de se découvrir, de se soigner parfois de ses propres blessures, d'aller en dehors de sa zone de confort, de se socialiser, de rencontrer d'autres personnes, d'apprendre, de se donner bonne conscience, de satisfaire son bien-être. Et dans toutes ces motivations là, la notion de "sacrifice" ne se retrouve pas. Non je ne me sacrifie pas en consacrant des heures de mon temps au bénévolat, bien au contraire.

Il me paraît important de se demander quelles sont nos réelles motivations quand on se lance dans le milieu associatif, ou dans l'humanitaire à plus grande échelle. Il faut savoir trouver un juste milieu entre donner et recevoir, entre aider et satisfaire ses propres intérêts, l'un n'allant pas sans l'autre. Y'a-t-il de bonnes et de mauvaises raison de s'impliquer bénévolement pour défendre une cause ?


Raconte moi ton expérience si tu as déjà été bénévole ! Pourquoi le bénévolat ? Qu'est-ce que ça t'apporte ? 

3 commentaires :

  1. Il y a peu j'ai lu un article sur Reporterre à propos de Tolbiac et du blocage de la fac. Article pro-Tolbiac s'il en est. Peu importe. Ils parlaient de la refondation du partage du savoir, etc., et citaient une partie d'une discussion sur le Service Civique. L'une des étudiantes regrettait le fait qu'il n'y ait pas de dévouement bénévole mais que les jeunes en Service Civique le fassent pour l'argent... Certes. Mais l'important ce n'est pas pourquoi on est en Service Civique, c'est à quoi ça nous amène après...

    Pour le bénévolat c'est un peu la même chose. Non, il n'y a pas de dévouement bénévole, parce que l'on ne peut pas vivre par les autres, jeter notre vie pour aider celle des autres, on doit en retirer quelque chose. Tiens, regarde ce jeune homme aux États-Unis, qui est intervenu lors d'une fusillade et a sauvé des gens. Il a dit "je ne suis pas un héros, c'était un acte égoïste, j'ai sauvé ma vie". Il a sauvé sa vie avant celle des autres. Le bénévolat c'est pareil. On s'aide nous avant d'aider les autres. Parce que pour aider les autres correctement on doit aller bien nous-même et y trouver un intérêt. L'humain est fait comme ça.

    On en retire des compétences professionnelles (organisation d'événements, montage vidéo, etc.), ou bien des améliorations personnelles (on apprend des choses, on acquiert du savoir, mais aussi des relations humaines, du lien social...). Bien sûr, qu'il n'y a pas de "dévouement bénévole" et que ce n'est pas que de l'altruisme. Sinon ça ne fonctionnerait pas, je pense. Quelque part ça ne serait pas sain. On a besoin d'avoir un ego, un soi, pour se construire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour la question du Service Civique, je ne sais pas vraiment si les jeunes sont motivés avant tout pour l'argent. Au fond, ce n'est pas payé à hauteur d'un SMIC, alors si la motivation était de l'ordre financier ces jeunes-là travailleraient vraiment plutôt que de consacrer plusieurs moi à une structure associative. Ceci-dit, l'argent et le fait que ce soit valorisant restent évidemment des sources de motivation qu'il ne faut pas nier, certes…
      Je suis d'accord sur l'idée que pour aider les autres, il faut sûrement soi-même aller bien. D'un autre côté, peut-être que deux personnes n'allant pas très bien sur différents plans peuvent inconsciemment s'aider mutuellement aussi. Comme tu dis en tout cas, s'engager bénévolement ce n'est pas que de l'altruisme. On finirait sans doute par s'oublier complètement si on ne pensait absolument qu'à l'autre…

      Supprimer
    2. Si je prends mon cas personnel : je l'ai fait pour avoir une expérience pro et pour gagner un peu d'argent. L'indemnité me permet d'être indépendante (plus ou moins).
      Oui, évidemment il y a l'entraide et la complémentarité !

      En tout cas après avoir lu ton article le mois dernier j'ai publié un article sur mon blog sur ce sujet :) (en te citant, bien sûr !)

      Supprimer